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Le traité de Lisbonne

 

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Le traité de Lisbonne

(Dernière mise à jour : 14 octobre 09)

Actu brûlante : les Irlandais ont approuvé le traité à 67% le 2 octobre dernier. Le Président Polonais a signé le 10 octobre. Il ne manque que la signature de V. Klaus, le président tchèque.

Rédigé en 2007 sous l'impulsion de N. Sarkozy à la suite de l'échec du Traité Constitutionnel Européen (2004), il a été ratifié par la majorité des Etats-membres et devrait très bientôt entrer en vigueur.

Ce que Lisbonne prévoit
Le processus de ratification
Les opposants au Traité
Le pour et le contre
Commentaires

Ce que Lisbonne prévoit

Les changements institutionnels - Le processus décisionnel - La possibilité d'initiative citoyenne - La politique étrangère - Autres

Les changements institutionnels

Le Parlement européen (PE) :

  • Quasi-généralisation de la procédure de codécision1, qui devient la procédure législative ordinaire. Cette procédure est celle qui donne le plus d'importance au Parlement européen.
  • Chaque Etat aura 6 députés minimum au Parlement européen (5 aujourd’hui) et 96 députés maximum (99 actuellement). 751 députés siégeront au Parlement européen (contre 736 aujourd’hui).
    • Précision d'actualité : comme le traité entrera en vigueur au milieu de la législature (alors qu'il était prévu que cela ait lieu avant les élections de juin 2009), le nombre de députés sera porté de 736 à 754 en plein milieu de la législature par un traité modificatif provisoire. 11 pays gagneront 1 ou 2 députés, dont le mode de désignation reste obscure : la France sera par exemple doté de 2 eurodéputés supplémentaires. Seule l'Allemagne devrait perdre 3 députés, mais les conservera provisoirement jusqu'aux prochaines élections de 2014.1bis

Le Conseil européen :

  • Il devient une institution à part entière définissant les orientations et les priorités de politique générale. Il doit désormais organiser 2 sommets du Conseil européen par trimestre à Bruxelles minimum (contre une fois par semestre aujourd’hui).
  • Création d’un président du Conseil européen élu à la majorité qualifiée pour 2 ans et demi (mandat renouvelable une fois) ayant pour rôle de présider et d’animer les travaux du Conseil européen et représenter l’UE pour la Politique Extérieure de Sécurité Commune (PESC)2.

Le Conseil (ou Conseil de l’Union européenne ou Conseil de Ministres) :

  • Création d’un Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l'actuel secrétaire général du Conseil de l'UE, qui dirigera désormais le Conseil des Affaires étrangères de façon permanente (alors que la présidence était actuellement assurée par le ministre des Affaires Etrangères de l'Etat assurant la présidence tournante de 6 mois)3.
  • NB : modification possible du système à l’unanimité du Conseil.

La Commission européenne :

  • 1 commissaire par Etat jusqu’en 2014 (comme aujourd’hui) puis 2 tiers du nombre d’Etats membres grâce à un « système de rotation strictement égal entre les Etats membres ».
  • La nomination du président de la commission européenne dépendra désormais des résultats des élections européennes.

Le processus décisionnel

Modalité de la prise de décision au Conseil à la majorité qualifiée :

  • Aujourd’hui : adopté par au moins deux tiers des Etats représentant au moins 62% de la population.
  • Si le traité est adopté, maintien du système actuel jusqu'en novembre 2014.
  • Entre novembre 2014 et avril 2017 : majorité qualifiée établie à 55% des Etats et 65% de la population, mais une minorité de blocage peut être effectuée par 4 pays.
  • A partir d'avril 2017: 55% des Etats membres et 65% de la population4.

Quasi-généralisation de la codécision (voir ci-dessus)5

Nouveau rôle pour les parlements nationaux

  • Ils pourront désormais contester une proposition de la Commission ne respectant pas le principe de subsidiarité6.
  • Ils pourront s’opposer à une décision du Conseil adoptée à la majorité qualifiée concernant le domaine de coopération judiciaire en matière civile (par exemple le droit de la famille).

La possibilité d'initiative citoyenne

Les citoyens européens pourront désormais soumettre une proposition appropriée au PE et au Conseil en recueillant au moins un million de signatures venant d'un nombre significatif d'Etats membres.

La politique étrangère

  • L’UE acquiert une personnalité juridique (alors qu’avant, ce n’était le cas que pour les Communautés européennes). Par conséquent, l’Union pourra donc accroitre son domaine de compétence sur le plan international.
  • Le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, en plus de diriger le Conseil des Affaires étrangères, deviendra aussi commissaire aux relations extérieures.

Autres :

  • La Charte des droits fondamentaux de l’UE a désormais un caractère juridique contraignant (sauf en Grande-Bretagne et en Pologne)7.
  • Suspension du droit d’appartenance à l’UE possible (contraint ou volontaire)8.

 

Le processus de ratification Pour entrer en vigueur, le Traité doit être signé, approuvé par  voie parlementaire (ou le référendum) et contresigné par les 27 Etats-membres.

  • Les 27 Etats membres ont signé le traité le 13 mai 2007.
  • Le Parlement Européen l'a ratifié à 82% en février 2008.
  • Les 27 parlements nationaux ont donné leur feu vert à la ratification :
    • 2007 : Hongrie
    • 2008 : Suède, Italie, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Chypre, Royaume-Uni, Grèce, Estonie, Finlande, Luxembourg, Lettonie, Lituanie, Danemark, Portugal, Slovaquie, Autriche, Pologne, Bulgarie, France, Roumanie, Slovénie, Malte, Allemagne
    • 2009 : République Tchèque et Irlande
    • Allemagne : la ratification du parlement allemand d'avril-mai 08 a fait l'objet d'un recours devant le Tribunal Constitutionnel Fédéral ; dans sa décision de juin 09, celui-ci a obligé l'adoption d'une nouvelle loi de ratification où le Parlement préciserait ses droits : c'est chose faite depuis septembre 2009.
    • Irlande : le Traité a été ratifié par la voie du référendum le 2 octobre dernier (67% de "oui"), ce qui appuie la ratification parlementaire de juillet 2009.
  • 26 Etats l'ont officiellement ratifié (c'est à dire : signature, ratification du Parlement et contreseing du Chef de l'Etat) :
    • République Tchèque :
      • 17 sénateurs ont saisi la Cour Constitutionnelle pour un examen de la compatibilité du texte avec l'ordre juridique interne. L'avis pourrait être rendu dans plusieurs semaines.
      • En attendant, le Président eurosceptique Vaclav Klaus refuse de contresigner le traité, malgré le feu vert du Parlement tchèque, pensant retarder la ratification jusqu'à l'arrivée probable des conservateurs britanniques au pouvoir en 2010, qui ont promis de bloquer la ratification en organisant un référendum et en appelant à voter "non".
      • Mais, le 7 octobre, le Premier Ministre tchèque Jan Fisher a néanmoins assuré que le Traité serait ratifié d'ici la fin de l'année.
    • Pologne : le Président Lech Kaczyński a signé le Traité le 10 octobre.
    • Irlande : le second référendum du 2 octobre dernier a donné le "oui" gagnant. Le Président a signé le Traité.
    • Allemagne : le Traité a été définitivement ratifié par la signature du président allemand Horst Köhler, le 23 septembre, après l'adoption des lois d'accompagnement préconisées par le Tribunal Constitutionnel Fédéral.
  • Le Traité devrait donc entrer en vigueur d'ici la fin de l'année.

 

Les opposants au Traité
France : Libertas (MPF et CPNT), le FN, le Front de Gauche (PCF et Parti de Gauche), LO et le NPA se sont prononcés contre le Traité pendant la campagne européenne, mais le Traité est définitivement ratifié par la France.
Angleterre : si les conservateurs anglais de David Cameron revenaient au pouvoir avant la ratification définitive des 27, ils pourraient annuler la ratification britannique et la soumettre au référendum (dont l'issue serait certainement négative).
Allemagne : le Tribunal Constitutionnel a demandé à ce qu'une loi garantissant les droits du Parlement National soit votée avant la ratification définitive du Traité : c'est désormais chose faite.
République Tchèque : le président (eurosceptique) Vaclav Klaus doit encore signer la loi de ratification votée par le Parlement. Il a longtemps menacé de retarder la signature pour permettre aux conservateurs britanniques d'organiser un référendum et de bloquer la processus s'ils gagnent les élections de 2010.

Le pour
Grâce à la généralisation de la codécision, le Parlement européen aurait plus d'influence.
Grâce à la généralisation de la codécision, les délibérations du Conseil seraient plus transparentes.
Même si le traité n'a pas été approuvé par référendum dans la plupart des membres de l'UE, il l'a été de façon démocratique. Surtout que le traité est trop long et complexe pour être compris par "Monsieur tout le monde".
Le rôle des parlements nationaux sera accru car la commission devra les informer de chaque proposition faite et ils pourront les contester si elles bafouent le principe de subsidiarité.
L'initiative citoyenne est une avancée démocratique.
La Charte des droits fondamentaux renforce la protection des droits des Européens.
Une présidence stable de la présidence du Conseil européen permettra une meilleure représentation de l'UE à l'étranger.
La création d'un Haut représentant aux affaires étrangères permettra plus de cohérence de l'UE sur sa politique extérieure.
La prise de décision sera plus rapide grâce à la codécision.
Le contre
Le traité de Lisbonne est selon Giscard d'Estaing lui-même à 96% identique au traité établissant une Constitution pour l'Europe rejeté très largement par les Français et les Néerlandais. Par conséquent, sa mise en place sans consultation du peuple peut paraître antidémocratique.
Le traité de Lisbonne donnera plus de pouvoirs aux institutions dans un plus grand nombre de domaines. La souveraineté des Etats est donc dans une certaine mesure bafouée.
L'initiative citoyenne européenne n'est qu'une mascarade car la commission n'est pas obligée d'accepter la proposition.
Il n'y aura plus un commissaire par Etat. Les Etats ne pourront donc plus autant influer sur la Commission.
Il y aurait un renforcement du poids des grands Etats lors des votes à la majorité qualifiée. Ainsi, un pays comme l'Irlande ne pourrait plus peser autant.

Notes et références
  1. ↑ Schéma expliquant le fonctionnement de la codécision : http://ec.europa.eu/codecision/stepbystep/diagram_fr.htm
    1bis. ↑ A ce sujet, lire l'article http://mcsinfo.u-strasbg.fr/article.php?article_id=11364&cPath=1
  2. ↑ Les objectifs de la PESC : http://www.touteleurope.fr/fr/actions/relations-exterieures/politique-etrangere-et-de-defense/presentation/la-politique-etrangere-et-de-securite-commune-pesc.html#c44119
  3. ↑ Ceci permet d’établir des liens entre différents volets de sa politique extérieure, comme la diplomatie, la sécurité, le commerce, le développement, l'aide humanitaire et les négociations internationales : http://europa.eu/lisbon_treaty/glance/external_relations/index_fr.htm
  4. ↑ http://europa.eu/lisbon_treaty/faq/index_fr.htm#6
  5. ↑ Pour voir les domaines de codécision et les apports du traité : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=IM-PRESS&reference=20090113TMN46097&language=FR&format=PDF (page 11)
  6. ↑ Pour la définition, cf http://europa.eu/scadplus/glossary/subsidiarity_fr.htm
  7. ↑ Pour la consulter en intégralité : http://www.europarl.europa.eu/charter/pdf/text_fr.pdf
  8. ↑ Procédures prévues par l’article 7 du Traité sur l’UE modifié par le Traité de Lisbonne : http://www.traite-de-lisbonne.fr/Traite_de_Lisbonne.php?Traite=2


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